Yaoundé 2 : Le visage de la Briqueterie entre passé et présent

La Briqueterie encore appelé « Brique » constitue un quartier sans équivalent à Yaoundé. Entre héritage colonial, ferveur religieuse et effervescence marchande, ce secteur de soixante-et-onze hectares a su préserver une identité singulière tout en s’ouvrant à la modernité architecturale.
De la terre cuite à la terre d’accueil⛺️ L’histoire de la Briqueterie est indissociable de la genèse de Yaoundé. À l’origine, le site était connu des populations locales Ewondo sous diverses appellations, notamment _Ekoudou_. Ce toponyme revêt une triple signification : il évoque le lieu du tamisage des noix de palme, la terre en jachère, mais également la fin de l’exode, marquant la volonté de sédentarisation.
On le désignait également sous le nom d’_Ekoarazog_, signifiant « les traces d’éléphants ». Le basculement vers sa dénomination actuelle intervient en 1895. Le major allemand Hans Dominik y établit une usine de briques sur la rive droite de la rivière Abiergué.Cette manufacture, dont la capacité de production atteignait six cents briques et tuiles par jour, fournit les matériaux indispensables à l’édification des premiers bâtiments coloniaux de la ville. Bien que les vestiges de l’usine aient aujourd’hui disparu, l’appellation « Briqueterie » demeure ancrée dans l’usage populaire.
L’installation d’une communauté Le destin du quartier connaît une mutation radicale en 1936. Pour les besoins de l’aménagement urbain, l’administration française y transfère une importante communauté Haoussa. Cette installation engendre un conflit foncier historique avec le chef Ewondo Essomba Sébastien. Au terme d’une bataille judiciaire de plusieurs décennies, une décision de justice rendue le 24 mars 1959 consacre définitivement la légitimité de la communauté Haoussa sur ces terres, stabilisant ainsi le peuplement du quartier.
Aujourd’hui : une ville dans la ville 🏢 Si, sur le plan administratif, le quartier porte toujours le nom d’Ekoudou, il demeure pour l’ensemble des Yaoundéens la _capitale de la culture musulmane et du commerce informel_. Cinq caractéristiques majeures le distinguent du reste de la capitale :Le « Ministère du Soya » : Véritable institution gastronomique, il constitue le haut lieu de la viande grillée, qu’elle soit de bœuf ou de mouton. Ouvert quotidiennement, il attire des gourmets de toute la ville dans une atmosphère empreinte de convivialité et de senteurs.
La Mosquée Centrale 🕌 : Érigée sur l’unique colline du quartier, à 764 mètres d’altitude, cet édifice majestueux, construit entre 1952 et 1955 sous la direction de l’architecte J. M. Bucaille, domine le paysage urbain et symbolise la ferveur spirituelle du lieu.
La Rue des Tailleurs : Lieu d’un savoir-faire remarquable où œuvrent côte à côte des tailleurs sénégalais, guinéens et camerounais. C’est ici que sont confectionnés les boubous et les tenues d’apparat les plus élaborés de la capitale.
Le Sanctuaire des Pièces Détachées🚙 : Secteur dominé par des commerçants nigérians, il est essentiel pour les automobilistes. Un adage populaire affirme que « ce que l’on ne trouve pas à la Brique n’existe pas ».Le Ballet des Motos-taxis : Dans une circulation dense et souvent périlleuse, les motos-taxis imposent leur rythme, assurant une mobilité rapide au cœur d’un dédale de ruelles en perpétuel mouvement.
Vers une modernisation périphériqueEn dépit de son caractère populaire et parfois anarchique, la Briqueterie amorce une mue spectaculaire à ses frontières. Le paysage se transforme sous l’impulsion de nouveaux géants de béton qui contrastent avec l’habitat traditionnel.Aux abords du quartier, la modernité s’affirme désormais par l’édification de l’immeuble Ekang, mais surtout par celle de l’imposant nouveau siège de la Fecafoot, Fédération camerounaise de football. Ces édifices de haut standing redéfinissent la _skyline_ du secteur, attestant que la Briqueterie, tout en demeurant fidèle à ses racines haoussa et à son passé industriel allemand, est disposée à s’inscrire dans l’avenir de la métropole camerounaise.
LENGWE OUMAROU
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